Les rabots: l’essentiel

Le constat est sans appel : la littérature francophone moderne est pauvre, très pauvre concernant le travail du bois à la main.
Un désert bibliothécaire parsemé de vagues oasis chétives…

Il existe bien entendu de nombreux livres traitant du travail du bois en général, tous plus ou moins bien fournis, plus ou moins bien illustrés et tous plus ou moins pertinents (c’est amusant de voir comment les menuisiers des couvertures se sont récemment transformés en hypsters gracieux au poil brillant et généreux, non??).

C’est vrai, il existe çà et là quelques courts chapitres somme toute légers et souvent vagues, dans des ouvrages trop souvent succincts sur les techniques et les outils et qui ne font que survoler le vaste domaine du travail du bois à la main.

C’est ce à quoi les Editions du Vieux Chêne ont décidé de s’attaquer en publiant leur premier livre, Les Rabots : l’Essentiel.

 

 

Ce livre est la traduction d’un ouvrage de Christopher Schwarz, « Handplane Essentials » qui dissèque cet outil central de l’atelier du travail du bois à la main, outil qui, contre toute idée reçue, viendra avantageusement enrichir un atelier bois équipé en outillage électroportatif ou électrique.
C’est un outil injustement associé dans notre inconscient collectif aux reliques de nos grands-parents et qui reste pourtant d’une modernité étonnante et d’une efficacité incroyable pour les opérations de corroyage (mise à dimension des débits), de façonnage ou de finition.

Quoiqu’il en soit, c’est un outil techniquement abordable, versatile, et dont l’utilisation de base ne requière pas une connaissance particulièrement approfondie.  En d’autres termes, il est facile de débiter du copeau pour un débutant.  Et très rapidement.
Il n’empêche qu’une bonne connaissance de la construction de l’outil (son architecture et les matériaux le constituant), une bonne connaissance des principes de coupe (allant de l’acier qui constitue les lames aux angles de coupe en passant par l’affûtage), des différents réglages (profondeur de passe, réglage de la lumière, etc…), une connaissance sur la mise en œuvre des rabots et leur entretien (entretien de la semelle, affûtage) ainsi que des différents outils qui constituent la famille des rabots non seulement vous permettra de peaufiner votre choix pour enrichir votre atelier, d’élargir votre technique, de vous sortir de situations qui sembleraient difficile au premier abord (contre-fil, bois torve, bois de bout, etc…) mais surtout et avant tout améliorera notablement votre efficacité à la réalisation.
Le résultat sera nettement perceptible sur la rapidité, la qualité et le rendu de votre travail à l’établi.

Et si la littérature française est pauvre en ce domaine, la littérature outre-atlantique est en comparaison immensément riche et comporte de nombreux ouvrages extrêmement pertinents sur les outils, les techniques, les savoirs et les savoir-faire.

C’est le constat partagé par Yann Facchin, constat qui a été l’élément moteur de son projet de traduction de « Handplane Essentials » pour mettre à disposition de la communauté francophone du travail du bois cette mine d’informations fondamentales sur le rabot.
Entouré de Pierre Bouillot (correcteur technique, auteur de « Les rabots, histoire, technique, typologie, collection » paru chez Vial en 2010), de Sabine Facchin (mise en page) et Gautier Lucas (Support logistique et SAV), Yann s’est attaché à transcrire le contenu technique mais également le style très personnel et léger de Christopher Schwarz (style que j’affectionne particulièrement soit dit en passant).
Le livre n’est pas une liste interminable et austère de points techniques et de descriptions rébarbatives.  C’est au contraire un livre exhaustif, articulé autour de chapitres cohérents qui le rendent vivant, léger, complet et très simple d’accès sans pour autant être simpliste !

C’est un livre essentiel qui permet de mieux connaître et comprendre cet outil pilier de l’atelier et permet également et de facto d’approfondir notre connaissance de la matière bois.

C’est donc un ouvrage qui doit être lu par tout passionné du bois qui se respecte et dans lequel il faut se replonger au fur et à mesure du développement de notre pratique.

C’est un livre à mettre entre toutes les mains, du simple amateur débutant aux menuisiers, charpentiers et autres ébénistes expérimentés, un livre qui a toute sa place dans un atelier digne de ce nom et une référence indispensable pour les amoureux du travail du bois, les amateurs de beaux outils et les collectionneurs.

Le livre vient tout juste de sortir.
C’est un très beau livre, couverture rigide, reliure cousue de 360 pages imprimées sur du papier de qualité.  Il comporte de nombreux schémas et de belles photographies en noir et blanc qui illustrent de manière très pertinente les propos de l’auteur.
Pour limiter les frais de distribution et le proposer le prix le plus juste, les commandes se font exclusivement via le site internet des Editions du Vieux Chêne, éditions avec lesquelles je n’ai, de près ou de loin, aucun intérêt personnel.

Le prix du livre est de 63.30€TTC (frais de port non compris).

Ah si, détail qui a son importance : le livre est édité à un nombre d’exemplaires limité.
J’en ai commandé un en début de mois d’octobre qui est venu enrichir ma bibliothèque d’ouvrages techniques sur le travail du bois, exemplaire que j’ai reçu quelques jours plus tard par la poste.
Il y en a déjà un de moins, et on vous aura prévenu: quand il n’y en aura plus, il n’y en aura plus!

 

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Retour sur l’atelier « Touchons du Bois » du Salon 2017 Habitat et Bois d’Epinal

Deux mois déjà…

Deux mois pendant lesquels ma vie a bien été remplie.

Entre mon activité professionnelle, mes devoirs familiaux, une boîte à Tofu en cours de construction (en bois bien évidemment et tout à la main), des pâles d’éoliennes à fabriquer pour un ami, la préparation d’un projet majeur de l’ampleur de l’établi Roubo mais de nature bien différente et qui fera l’objet d’un post ici, bref, deux mois bien remplis qui expliquent un peu mon silence sur cet évènement et qui n’effacent en rien les souvenirs vivaces des moments vécus dans le hall de l’atelier « Touchons du bois » du Salon d’Epinal.

 

Le salon d’Epinal, qu’est-ce que c’est?
J’en ai touché deux mots dans cet article mais pour les lecteurs récents, c’est le salon Habitat et Bois qui s’est tenu du 21 au 25 Septembre à Epinal.
C’est un salon qui regroupe tous les acteurs régionaux et nationaux de la construction de maison en bois, un salon-solution clé en main pour terminer dans une jolie maison bien moderne, toute coquette et construite tout en bois!
Très personnellement, mon intérêt pour les promoteurs, les constructeurs maisons bois, les assureurs et autres fournisseurs de solutions technologiques super innovantes reste somme toute très limité.

En revanche, tout à côté de ce salon se tient l’atelier « Touchons du bois » qui depuis quelques années et sous l’impulsion conjuguée de la Croisée découverte et de la Cie DES’évènements (comité d’organisation du salon) permet aux amoureux de la matière bois, aux amoureux du travail du bois, aux amoureux des outils, de se retrouver et d’échanger autour de cette passion commune dans un lieu convivial et dédié.

Comment j’en suis arrivé là?  Commençons par le commencement…

Tout a débuté en Février de cette année 2017.
Des amis, en plus d’un repas très chaleureux partagé ensemble au Banc Sonore de Rabastens, ce restaurant dont je ne cesserai de tarir d’éloges, ces amis donc m’ont également fait cadeau d’une enveloppe, fruit d’une collecte des membres du groupe pour mon anniversaire.
J’en ai profité pour commander un trusquin TiteMark et j’ai pris contact avec Michel Auriou, de l’entreprise du même nom (Auriou, pas TiteMark!).

Je connaissait Michel parce qu’Auriou fabrique des râpes à bois piquées main d’excellente facture ainsi que des rifloirs, des gouges de sculpteur mais surtout importe les rabots Lie-Nielsen, rabots (et rapes, soit dit en passant) qui font partie depuis quelques années de mon coffre à outils .
Au détour d’une commande, il y a 3 ou 4 ans, nous avons pris contact et je suis passé récupérer un rabot puisque son atelier se trouve à Saint-Juéry à côté d’Albi, à quelques 30 minutes de voiture de mon joli village.

Je me souviens très bien, c’était un n°5 1/2.

Le début de cette relation avec Michel a débuté par 4 heures de discussion sur le bois!
Michel aime les choses bien faites et les choses qu’il fait, il y met du cœur.  Il en met beaucoup, et ça, ça me plait!

C’est un passionné du bois, passionné des outils, amoureux de la belle ouvrage et qui donne, et je pèse mes mots, toute son énergie non seulement au service de la qualité de ses outils mais également pour porter haut et fort les savoirs et savoir-faire dans les domaines d’application.  Il a un courage immense, et ça force l’admiration!
Alors quand deux passionnés rencontrent… ben ils tchatchent!
Et la discussion s’éternise…  Mais Michel et moi, on n’en avait cure!
Et Sandrine, sa femme qui travaille également dans l’entreprise, ne savait plus quoi faire pour nous arrêter.  Parce que le soleil était déjà loin sous l’horizon et que ça faisait belle lurette que les lampadaires s’étaient allumés dans la rue pour casser l’obscurité de la nuit.
Michel en a profité pour me faire visiter la chaîne de fabrication de ses outils et ça fleure bon le travail du métal avec des presses, des stations de piquage, des bains de trempe, des stations d’assemblage et d’affûtage.
De mon côté, je lui ai donné l’adresse de ce blog, qu’il a ensuite visité et qui l’a, je ne fais que le citer, littéralement emballé!

C’est au cours de cette discussion pour commander le trusquin en Février, que Michel m’a nonchalamment glissé, au détour de la conversation « Sébastien, j’ai un projet…  mais c’est dans un peu plus de 6 mois…  Je souhaite pouvoir t’y impliquer mais tout n’est pas encore finalisé alors laisse-moi le temps d’asseoir un peu les choses et je t’en reparlerai, c’est évident, quand ce sera plus concret… »
Et puis la conversation a continué mais inutile de dire que ça a quelque peu piqué ma curiosité!  Et qu’il a fallu m’armer de beaucoup de patience pour connaître la suite de cette histoire…

C’est un peu moins de six mois plus tard, au cours d’un trajet vers la côte landaise, alors que nous arrivions à Mimizan avec mon amie pour y récupérer ses filles en cette fin de mois de juillet, que mon portable a sonné…
Je conduisais.
Curieux, j’ai sorti mon téléphone de la poche et j’ai vu l’identité de l’appelant: « Michel Auriou »!
Je me suis immédiatement garé et j’ai pris l’appel: « Sébastien?  Tu te souviens du projet dont je t’ai parlé?  C’est bon, ça se fait!  Je souhaite t’inviter au titre de ton blog sur le travail du bois à la main.  Parce que tu as des choses à montrer et puis tu verras c’est l’occasion d’échanger avec des passionnés, d’autant plus que j’ai réussi à inviter Franck Macquart de Créolignum.fr et Thomas Lie-Nielsen… »

Franck de Creolignum.fr et Thomas Lie-Nielsen, non de Zeus, rien que ça!

L’entreprise Lie-Nielsen, au même titre que Véritas, Bad Axe Toolworks, Lost Art Press ou d’autres entreprises plus modestes mais tout aussi vivantes, sont des moteurs du travail du bois à la main en Amérique du Nord.  Ce sont des acteurs qui mettent entre les mains de professionnels et de passionnés des outils de qualité exceptionnelle et diffusent une connaissance richissime dans la communauté!
Il y aura bien entendu toujours des gens pour vous dire que des outils de ce prix là, ce n’est pas acceptable parce que ça ne démocratise pas le travail du bois…
Personnellement j’ai fait le choix de délaisser les gadgets de bricolage, les gabarits qui deviennent trop vite obsolètes, les outils-jouets vite passés de mode et qui économiquement ne sont pas rentables, pour investir une fois pour toute dans des outils qui me suivront toute ma vie et qui constituent la base et le socle sur lequel mon travail repose.  J’en discute ici.
Et puis c’est le prix de la qualité et que le choix que j’ai fait, c’est le choix de cette qualité-là.  Parce que si le résultat final sur la réalisation n’est pas celui escompté, il n’est plus possible de se retourner contre l’outil: il faudra savoir qui du choix de la technique employée ou du geste a foiré.
Une chose est donc sûre: vous ne pourrez pas vous cacher derrière l’outil, c’est même une certitude.  Et une autre chose l’est d’autant plus: il va falloir préparer votre égo à prendre un coup.
Et par expérience, tout le monde n’est pas prêt.

Toujours est-il que Thomas est une chouette personne.  La soixantaine, les tempes blanches, la chevelure ondulée et le regard bleu perçant.
Grand, élancé, il aime ses outils, il aime les outils, et il aime le bois.  Profondément.

Tom Lie-Nielsen sur le Rocking Chair Sam Maloof construit par Franck de Créolignium

Dernière ses sourcils se cache le regard pétillant d’un enfant quand on parle bois.
Et quelques minutes de discussion à peine permettent de réaliser qu’il reste un des rares américains qu’il m’a été donné de rencontrer qui possède une culture extrêmement développée et une identité forte qui ne s’apparente pas à la culture de masse un peu bourrine et caractéristique d’outre-atlantique.  C’est une culture au contraire beaucoup plus fine et raffinée qu’il porte, emprunte de curiosité et d’une ouverture au monde sans commune mesure à celle de ses concitoyens, maté du goût du travail bien fait et d’un profond amour pour les belles choses.
Tom Lie-Nielsen, donc!

Et Franck Macquart?  Ben Franck, c’est un ovni du travail du bois!

Et puis, pour ne rien gâcher, c’est une très belle personne que j’ai découverte sur l’établi d’à côté sur le salon et au cours de nos trajets en utilitaire entre le gîte où nous dormions et le hall d’exposition.

Franck c’est quelqu’un de profondément bon qui même si il croule sous les commentaires avec ses 6000 abonnés Youtube, ses followers instagram, le groupe Facebook dont il est administrateur, il met un point d’honneur à ne laisser aucune intervention sans réponse.

Et puis Franck, c’est un Youtubeur forcené, un boiseux talentueux, un travailleur doué au poil vivace, brillant et généreux!

Vous ne me croyez pas?  Allez-donc voir sa chaîne Youtube et jettez-donc un œil sur ses vidéos de fabrication du Rocker Maloof, rocker qu’il a emporté avec lui sur le salon pour l’occasion.
Pour la petite histoire, ce type s’est lancé le défi de fabriquer un rocking-chair de la collection de Sam Maloof.  Rien que ça: une des oeuvres les plus difficiles à réaliser techniquement…
Et non content de décider de le faire, il décide de se filmer.  Et non content de se filmer, il décide de le diffuser… sur youtube, par épisodes, et au monde entier donc.  Rien que ça!
Le risque, c’est lui qui l’a pris: couillu le caribou (c’est pas moi, c’est lui qui le dit!).
Eh bien ça aussi, ça force le respect…

4 jours de Salon, donc…

4 jours passés en compagnie de l’équipe Auriou (Michel, Sandrine et Julien), de Thomas et de Franck, 4 jours au contact de passionnés qui se retrouvent chaque année avec la joie immense de se revoir et de partager cette passion.

De gauche à droite: Franck, Seb, Julien, Jean-Pierre, Sandrine et Michel

4 jours de salon mais également 4 soirées de discussions et de rires autour des bons petits plats mijotés par Sandrine dans le gîte que nous occupions (l’ensemble des observateurs sont formels, Sandrine: on s’est littéralement fait pêter la rûche!).
4 jours de démonstrations techniques sur le travail du bois à la main (corroyage, assemblage à mi-bois, queues d’aronde, tenon-mortaise avec ses variantes) et dans l’impossibilité matérielle de travailler sur un projet perso (si ce n’est prendre une demi-heure pour donner la dernière touche au rack à outils, rack qui viendra compléter l’équipement et faciliter les démonstrations sur le salon).  C’est pour dire: j’ai à peine eu le temps de faire un tour dans la halle de l’atelier « touchons du bois ».

Ajustage d’un assemblage à queues d’arondes lors d’un atelier technique

4 jours d’échange avec des curieux interloqués, parfois sceptiques, à l’heure où les machines à bois électriques ont atteint leur maturité depuis bien longtemps, et qui n’en croient pas leurs yeux de voir aujourd’hui un type travailler le bois à la main.

4 jours d’échange avec des anciens aux mains noueuses qui avaient l’œil pétillant, presque ému, et qui murmuraient en partant « Hounnondoudiou, c’était mon examen de CAP en 72! »

4 jours de rencontre avec des personnes stupéfaites: « non mais vous faites vraiment tout à la main??? »

Et surtout 4 jours d’échanges chaleureux et de discussions très riches avec des passionnés autour de cette forme si particulière et pourtant si moderne du travail du bois.

Et puis une pensée particulièrement appuyée va aux organisateurs, notamment Xavier et Jean-Pierre de la Cie DES’évènements dont les pieds n’ont pas touché terre pendant ces 5 jours: ils ont mis les petits plats dans les grands et surtout, ils ont eu cette intuition à priori complètement farfelue mais ô combien juste et visionnaire de promouvoir et développer ce lieu unique d’expression et d’échange autour du travail du bois!

En tous cas, une très belle expérience, riche en rencontres, de sourires, de fous rires, avec des prises de contacts, des portes qui s’ouvrent et peut-être des opportunités à venir.

Et comme tout n’est pas encore finalisé, laissez-moi le temps d’asseoir un peu les choses et je vous en reparlerai, c’est évident, quand ce sera plus concret!

 

A l’année prochaine sur le salon?

 

Les références:

Comparatif entre scies japonaises et scies occidentales

Pour faire des réalisations en bois, on peut difficilement passer à côté de l’acte primaire de la découpe.  Et à moins de s’adonner à la construction d’ours polaires et autres tour Eiffel en allumettes, il n’y a pas à tortiller: il va falloir scier…

Scier permet de raccourcir un débit de bois, d’en diminuer sa largeur, d’initier la découpe d’assemblages, de commencer le façonnage de pièces courbes…
Une action sur le débit que l’homme fait depuis la nuit des temps.

L’essence même de la découpe perdure depuis le moment où l’homme a inventé la scie.  Déligner (découper un débit dans le sens des fibres) ou tronçonner (découper le débit dans le sens perpendiculaire aux fibres) demeurent les opérations de base de la découpe d’une pièce de bois, et ce, quelque soit le système d’outils considéré, quelle que soit la région du monde où l’on se trouve.

Or aujourd’hui, l’attrait pour le système d’outils japonais est grand.  Alors, exotisme?  Effet de mode?  Est-ce que les scies japonaises sont réellement plus efficaces que les scies occidentales?
Cet article a pour but de remettre les chaussettes dans le bon tiroir et de repartir sur de bonnes bases pour faire les bons choix.

Alors commençons par voir ce qu’elles partagent en commun… [Lire la suite]

 

Fabriquer sa propre cire à bois

C’est la rentrée…

Il y en a qui préparent leurs cahiers et leurs stylos, d’autres affûtent leurs ciseaux (tiens ça rime…) et d’autres encore préparent de la cire…

C’est donc l’objet de cet article que de voir comment se fabriquer sa propre cire.

Pour ce qui me concerne, j’utilise principalement deux finitions pour les pièces que je produis: l’huile et la cire.
Ce sont deux moyens naturels d’appliquer une couche de protection sur le bois, deux moyens néanmoins très différents, tant dans la fonction de la couche protectrice, de ses propriétés, que de la manière de les appliquer. [lire la suite…]

Salon Habitat et bois, Atelier « Touchons du bois »

A tous ceux qui seront présents à Epinal et dans sa région en milieu et fin de cette semaine, je suis invité au salon Habitat et Bois (atelier touchons du bois) par l’importateur de mes rabots, Forge de Saint-Juéry – outils Auriou, au titre de ce blog (un grand merci au passage pour leur confiance!).
J’y serai présent du mercredi 21 au dimanche 25 septembre et animerai des ateliers techniques sur le travail du bois à la main (corroyage, tenon-mortaise, assemblage à mi-bois, queues d’aronde, etc…).
N’hésitez pas à vous arrêter pour discuter bois et respirer du copeau, je vous y attends ce week-end!

Une idée cadeau?

Sans rentrer dans la sociologie ou les mécanismes psychologiques qui sous-tendent le choix d’un cadeau pour autrui et les difficultés que l’on peut éprouver à choisir un cadeau pour une personne qu’on aime (des personnes bien plus compétentes se sont déjà posées la questions), je me disais que ce serait une excellente occasion de resserrer la problématique et de se pencher sur l’épineuse question: « Quel cadeau faire à un boiseu? »

Eh oui, anniversaire oblige, fêtes de fin d’année rimant avec cadeaux, qu’est-ce qui pourrait bien faire plaisir à celui qui sniffe la sciure, qui se pique aux échardes et gobe du copeau au taquet???

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Choix difficile et cornélien s’il en est…
Après, il y a plein d’autres idées cadeau…  Non, c’est vrai!  D’autant plus que l’intéressé sait ce qu’il veut, ce dont il a besoin.  C’est un peu son monde, son petit secret d’atelier.
Parce que clairement, choisir d’offrir un outil à un boiseu est à double tranchant…
(je sais, le jeu de mot largement surfait dans la communauté du travail du bois 🙂 )
Le risque est alors grand d’opter pour un outil non adapté au type de pratique de l’intéressé (le gabarit de perçage d’une grande marque américaine serait un contre-sens dans mon coffre à outils, par exemple).
Il peut également se révéler hasardeux d’offrir un outil qui se trouve déjà dans le coffre…

Alors quel serait le cadeau idéal???
Outre un besoin spécifique et exprimé par l’intéressé, je ne vois que deux, voire trois solutions en fonction de votre budget.

Première option: des serre-joints.
On n’a jamais assez de serre-joints…!
C’est ce que j’ai entendu et il est inutile, à moins d’être à la tête d’une entreprise avec une production de malade, d’en avoir tant que ça.  Il n’empêche que des serre-joints de qualité, c’est sacré et ça fait toujours plaisir!
Quatre de chaque taille devrait faire l’affaire, de 30cm d’ouverture, jusqu’à …  tout dépend du projet à réaliser.
Quoiqu’il en soit, j’ai eu l’occasion d’essayer les serre-joints de type pompe à main premier prix d’un magasin de bricolage discount et avec le recul, investir dans ce matériel, c’est tout bonnement jeter de l’argent par la fenêtre: en l’espace d’une dizaine d’utilisations, la gâchette de serrage était devenue inefficace.  Plus aucune pression sur le bois, résultat: poubelle avec le goût amère de se l’être fait mettre à l’envers!
Il reste les serre-joints de qualité, ceux dont la barre ne fléchit pas sous le serrage, ceux dont les mâchoires restent parallèles et qui serrent…  mais vraiment!
Certes le budget est conséquent mais année après année, on se constitue un petit parc non négligeable, qui permettra de faire face à l’immense majorité des situations.

Deuxième option: du consommable.
Des disques à abrasif (de diamètre adapté à la machine, bien évidemment) de très gros grain ou de grain très fin (c’est en général de ceux-là dont on manque le plus), de la colle à bois, de la teinture, du vernis, de la cire, de la laine d’acier, etc…
Ça le fait toujours.

Troisième option: du bois.
Ça peut sembler bizarre mais le bois reste la matière première de laquelle on tire le plus grand plaisir, de la conception à la réalisation.  Du chêne, du hêtre, du frêne, du châtaigner, du noyer, du merisier, vous ne pouvez pas imaginer ce que ça fait plaisir…
Si si, j’vous jure!
Vous comprendrez ce dont je parle quand la planche sera auscultée au cm2 « Oh! une planche de noyer… C’est super cool! », que le veinage sera étudié dans ses moindres détails « Trop la classe: regarde, on dirait que le nœud nait dans la planche qui était juste au dessus! ».
Ça fait très geek, mais offrez-lui des planches et non seulement vous étendrez son domaine des possibles mais vous ferez un heureux de surcroît…!

Drôle d’article me direz-vous?  J’en conviens.
En fait, mon anniversaire vient tout juste de passer et des amis ont choisi de se cotiser pour m’offrir de quoi travailler le bois mais ne savaient pas exactement quoi m’offrir.
Je me retrouve du coup à la tête d’une petite cagnotte…

Alors vous savez quoi?
J’vous laisse: moi j’me casse à la scierie chercher des planches parce que je trouve juste belle et chaleureuse l’idée que des amis participent au fait qu’à terme, un buffet, une étagère ou une table trône dans mon salon!

En attendant Roubo…

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Une fois n’est pas coutume, en attendant le prochain projet qui se termine très très  bientôt et sur lequel je travaille depuis quelques mois maintenant (encore un projet majeur pour l’équipement de l’atelier), j’avais envie de partager un petit peu ce qui me passe par la tête quand les copeaux volent dans la pièce …

En effet, on oppose souvent le travail à la main et le travail à la machine…  Comme si la dichotomie était parfaite et qu’il fallait choisir un camp ou l’autre, celui des progressistes ou celui des réacs.   Comme si il fallait décider entre rentrer de plein pied dans la société consumériste et progressiste ou s’accrocher à la tradition quitte à verser dans le passéisme.

Certes, j’ai mon idée mais tout est une question de savoir ce qui est le plus adapté à ce que l’on veut faire et aux contraintes que l’on a (on parle voisinage, espace, poussières, volume du porte monnaie, etc…).
Alors c’est très consensuel comme position, j’en conviens, mais le but du jeu, ici, c’est de débroussailler un peu les idées reçues et autres préjugés sur ces deux manières de travailler le bois.

D’un point de vue très formel, parlons tout d’abord du travail à la main.

Avantages du travail à la main:

  •  silencieux
  • peu de poussière générée mais beaucoup de copeaux (qui augmente agréablement la température de votre intérieur en hiver ;) )
  • avec une cinquantaine d’outils, on réalise 99,9% des projets (cf. Chris Schwarz, « The Anarchist Toolchest »), mais il en faut une petite vingtaine pour commencer à s’en sortir dans la grosse majorité des projets.
  • budget d’équipement modéré
  • pas de consommation d’électricité
  • peu de consommables
  • nécessite peu d’espace de travail
  • on peut faire tout l’entretien soi-même (affûtage des lames rabot, scie, ciseaux, etc…)
  • adapté pour le prototypage et la toute petite série
  • aucun électron n’est maltraité lors d’une session de travail du bois à la main
  • aucune nécessité de fabriquer et entreposer de nombreux gabarit
  • les blessures engendrées par la manipulation des outils, à moins de vraiment le chercher, restent superficielles
  • adapté à des techniques utilisant des mesures relatives
  • permet un travail d’une grande précision
  • c’est un travail qui demande de la finesse et beaucoup de réflexion
  • permet d’appréhender et comprendre la matière bois de façon beaucoup plus complète parce que plus directe
  • rend le travail du bois gratifiant

Inconvénients du travail à la main:

  • demande de l’expérience et un certain tour de main (cf. internet qui est une mine d’or sur les techniques)
  • demande un entretien régulier des outils (huiler les semelles de rabot, affûtage régulier, etc…)
  • enlever beaucoup de matière demande du temps et beaucoup d’huile de coude ou à défaut il faut utiliser la bonne technique
  • on se blesse plus fréquemment avec les outils à main
  • technique peu adaptée pour les moyennes et grandes séries (à partir de 3+ pièces)
  • moyennement adapté aux méthodes modernes de fabrication (à partir de plan, basée sur des mesures absolues)
  • le budget muesli augmente!

Et de l’autre côté,

Avantages du travail à la machine:

  • adapté à la moyenne et grande série
  • une fois réglée, ça va vite et ça avale de gros volumes de bois
  • adapté donc pour enlever beaucoup de matière
  • adapté aux grandes surfaces de bois à travailler
  • adapté aux mesures absolues
  • les blessures sont peu nombreuses

Inconvénients du travail à la machine:

  • en revanche, lorsqu’on se blesse, ça se termine très vite aux urgence avec une hémorragie sérieuse, le sectionnement d’un (ou plusieurs) doigts…
  • technique qui produit beaucoup de poussière
  • nécessite un système d’aspiration conséquent
  • méthode de travail gourmande en temps de réglage
  • budget d’équipement élevé
  • consommables (patins de ponçage, fraises de défonceuse, etc…)
  • Machines lourdes, bruyantes, onéreuses et encombrantes
  • nécessite beaucoup d’espace à équipement équivalent
  • nécessité d’externaliser l’entretien ou à défaut de s’équiper d’affûteurs de lames de scies circulaires par ex.

Alors étant donné la configuration particulière de mon « atelier » (c’est mon appartement) et le peu d’espace à disposition, je privilégie le travail à la main et ne sollicite la machine que lorsqu’il me faut percer parfaitement perpendiculairement (par fainéantise) ou raboter des gros volumes de bois.  Et des associations ou autres ateliers participatifs sont implantés aux quatre coins de la France et mettent à la disposition de ses adhérents des dégau-rabo et autres machines…  Et ils vous forment avec le sourire!

Non pas que j’utilise exclusivement des outils à main, j’emploie aussi la machine quand les volumes à débiter sont importants ou les opérations sont répétitives, mais il y a une autre dimension essentielle pour moi dans le travail à la main: les objets fabriqués à la main ne sont que le produit de notre propre savoir faire, de notre propre réflexion et de notre seule sueur.  Ce sont surtout des objets qui sont de fait construits pour durer, pour peu que les techniques employées soient conformes aux règles de l’art, et qui donc sortent du cercle de la consommation de meubles, d’outils et de matière.

Le travail du bois à la main est pour ce qui me concerne un acte radical qui a pour objet de casser ce cercle de remplacement continuel.
Il s’agit d’un acte qui prend racine dans le temps et s’inscrit dans la durée, à la fois de par le temps que nécessite l’acte de fabrication mais aussi de par la longévité de l’objet produit.
Radical en ce sens qu’il marque une réappropriation des savoirs et savoirs-faire, ainsi que la sortie d’une logique envahissante qui tend à laisser à d’autres le soin de faire et de penser pour nous la forme de nos intérieurs.
Et il va du bois comme de nombreux autres domaines…
C’est en cela radical qu’il s’agit d’aller à contre-courant et retourner au plus près de la matière, de diminuer les intermédiaires pour sentir la résistance au coup de ciseau qui permet de comprendre le fil du bois que l’on travaille mais aussi le niveau d’usure du fil de l’outil, ces petits signes imperceptibles qui font qu’entre la pièce, l’outil et soi se tisse un lien intime, ultime, presque fusionnel, qui permet au final d’aboutir à la forme désirée…

Sur ce,  je retourne à mes moutons: j’ai un établi à faire avancer…!