David, Goliath et le travail du bois

On est un dimanche matin.  Entre la tartine et le café, je reçois une notification de commentaires d’article du blog dans ma boîte mail:

Bonjour Sébastien,
plusieurs années que je suis tes articles, et que j’acquière des outils manuels au détriment de l’électroportatif, merci pour tes partages et nombreux conseils.
Peut-être pas le lieu mais penses-tu qu’une pratique de la menuiserie exclusivement ou quasi exclusivement à l’aide d’outils manuels puisse, aujourd’hui ou dans un futur proche, être concurrentielle avec l’offre aujourd’hui existante mécanisée? Autrement dit, penses-tu qu’un artisan « manuel » puisse raisonnablement vivre de son activité professionnelle, face aux autres artisans « mécanisés »? Ou bien selon toi, le travail exclusivement manuel est-il réservé à une activité de loisir, de passion (non rémunératrice)?
J’aimerai croire qu’il peut y avoir une clientèle capable de préférer une démarche manuelle, plus longue, faisant davantage sens, avec moins d’impacts financiers (crédits pour les machines par ex.) ou environnementaux (baisse des ressources, conso d’énergies, etc.) et prête à une juste rémunération du temps passé. Mais n’est-ce pas un doux rêve? J’ai déjà l’impression que les menuisiers tirent la langue face à la grande distribution, jaune et bleu par exemple (pas partout il est vrai). La question se résoudra, je pense, d’elle même dans quelques décennies (avec la baisse des ressources disponibles), mais dans combien exactement?
Ton avis à ce sujet m’intéresserait.
Bien à toi,

J’étais en train de beurrer copieusement l’écran de mon portable en commençant à tapoter la réponse du bout de mes gros doigts qui venaient de constituer un semblant de tartine (quelle idée aussi de rédiger une réponse de bon matin, au milieu des miettes???) lorsque j’ai réalisé que je n’étais pas parti sur un modeste paragraphe et que la question tout comme la réponse méritaient qu’elles prennent une autre forme, celle de l’article que vous êtes en train de lire.
Donner
plus de visibilité à cette discussion et la sortir finalement de la confidentialité des commentaires permettra à tout le monde de prendre le temps de la lire et de l’enrichir!

C’est une vaste question que tu soulèves en ce dimanche et à mon niveau je n’ai hélas pas les outils de prospective qui me permettent de te donner la moindre date…! 🙂
Les réponses à ces questions sont loin d’être intuitives, tu l’imagines bien, et ça fait un moment que je réfléchis à cette problématique de fond: comment un artisan avec un minium de talent et qui inscrit son activité dans une démarche éthique et durable peut-il décemment vivre de son travail?

Alors sans pouvoir te donner de réponse toute faite, je vais te faire part de ma réflexion personnelle qui n’a rien de figée et qui ne demande qu’à être enrichie des échanges et de la discussion que l’on pourra tous avoir.  Parce que je doute en réalité que ce questionnement se limite non seulement à nos deux individualités mais également à notre domaine – le travail du bois – et je suis convaincu que l’on est nombreux à se poser la question…

En préambule, et c’est un fait, le travail du bois à la main n’est pas condamné à se cantonner à une activité loisir, loin de là. Il est actuellement pratiqué dans un cadre d’activité professionnelle.  De nombreux artisans, parmi lesquels des artisans d’art, travaillent aux outils à main. Ce choix est pertinent parce que l’investissement reste somme toute limité (en comparaison d’un équipement machine équivalent) et parce que le travail se fait sur des pièce uniques, sans parler de la touche que la main de l’homme laisse derrière elle et qu’aucune machine ne saura égaler.

Le premier constat que je fais est un constat froid, implacable, imparable et qui se place sur un plan purement et exclusivement économique.
Non, il faut être clair: un artisan équipé d’outils manuels, aussi doué et efficace soit-il, n’est pas en mesure de concurrencer les mastodontes de l’industrie de l’ameublement (tu citais à juste titre la marque d’ameublement jaune et bleue dont le nom commence par I et termine par -KEA 🙂 , mais il y en a d’autres). Avec une maîtrise sur l’ensemble de la chaîne, de la production de la matière bois (sylviculture intensive dont la production est boostée par les intrants chimiques), à la distribution et à l’après vente en passant par la conception (menée par une armée d’ingénieurs flanquée d’une armée de responsables marketing), la transformation ou la commercialisation, les grandes enseignes dans le domaine ont réussi à développer une activité d’une optimisation technique et d’une rentabilité financière jamais atteinte. Il leur est par conséquent possible, grâce à cette maîtrise de bout en bout de la production et grâce à l’économie d’échelle induite par la production en très grande série, de baisser les prix à un niveau presque indécent qu’aucun artisan ne pourra assumer. Ils ont réussi à démocratiser le mobilier design.  C’est le créneau sur lequel ils se placent, le goût du design restant très relatif et la beauté des lignes est pourtant très grossière, mais ça fonctionne.
Aucun artisan ne peut rivaliser sur ce créneau. Et tenter de concurrencer l’industrie sur son segment, celui du meuble de qualité médiocre à bas prix, est une course vaine et perdue d’avance.

Pourquoi ce modèle fonctionne-t-il? Simplement parce ce n’est pas de meubles dont il s’agit.  Ce ne sont pas des meubles destinés à assurer durablement leur fonction. Il s’agit en réalité d’objets qui prennent la forme de meubles mais qu’on ne peut décemment considérer comme tels.
Alors oui, ces objets ont des formes plutôt plaisantes, on ne peut le nier, mais avec la tripotée de designers payés au lance-pierre qui bossent derrière les catalogues, c’est tout de même la moindre des choses que les lignes soient un minimum travaillées.
Et puis il faut que ces lignes soient attirantes pour occulter le fait que ces objets font massivement appel à l’emploi de panneaux de particules.  Le panneau de particules présente l’avantage non négligeable pour les usines de ne plus travailler avec une matière sujette aux variations saisonnières d’humidité. L’industrie a trouvé dans ces panneaux la solution technique aux « insupportables caprices du bois »: elle transforme le bois en « non-bois », c’est à dire en un produit qui n’a plus aucune des propriété initiales du bois.  Cette transformation permet de le rendre digeste pour la machine. Parce que le bois massif reste une matière exigeante qui demande de la connaissance et du travail si on souhaite le mettre en œuvre convenablement et si le but de la production est que les réalisations soient durables (et il faut qu’elles le soient!). Le bois est, hélas pour les grands groupes, une matière qui n’arrive pas à rentrer dans les cases trop étriquées et contraignantes que le processus industriel exige. L’industrie doit alors tout d’abord réduire le bois en poussière pour dans un second temps le reconstituer de sorte que la machine puisse l’avaler. Et il faut croire (parce qu’on ne peut qu’en faire le constat) que cette débauche incroyable et contre-intuitive d’énergie et de matière – pour détruire le bois et le reconstituer – reste rentable économiquement parlant…

On en arrive alors à devoir considérer un second plan: celui des coûts cachés, c’est à dire des coûts que le consommateur final ne paye pas et qui n’apparaissent pas sur l’étiquette (éthiquette ??? 😉 ).  Or ces coûts pourtant bien réels ne se volatilisent pas.  Ils sont nécessairement supportés  d’une manière ou d’une autre par une entité tierce.
Je pense aux coûts environnementaux liés aux processus de production de matière première, au transport vers l’usine de transformation,  à la transformation elle-même, à l’emballage et à l’acheminement vers le centre de distribution, je pense également à la montagne de déchets de packaging et à l’emploi de plus en plus fréquent de matériaux qui s’apparentent bien plus à l’industrie pétro-chimique qu’à la production sylvicole. Je pense encore aux coûts sociaux que cette industrie induit chez les sous-traitants de second, troisième et quatrième niveau fréquemment installés dans des pays où le coût du travail est incomparablement plus bas et les protections sociales sinon inexistantes, du moins réduites à leur plus simple expression.  Et l’industrie fait aujourd’hui massivement appel à l’externalisation (sous-traitants en cascade) pour limiter les risques en terme d’image.  Tout ce qui dérange est relégué le plus loin possible pour éviter que la tâche sur la nappe ne vienne remonter par capillarité jusqu’à la maison mère.

Tout est fait pour que ces coûts réels soient le moins visible du consommateur et le plus difficilement accessibles par lui.

Et puis j’ai personnellement vécu une expérience qui me questionne grandement. Dans une grande enseigne réputée, j’ai acquis il y a de cela plusieurs années maintenant un cadre pour mettre en valeur une photo sur le mur de mon salon. J’ai fait le choix de ce cadre parce qu’il était, et j’en fus le premier surpris, constitué de bois massif et pourtant d’un prix somme toute très raisonnable. Quelques années plus tard, il me fallait encadrer une autre photo .  Même enseigne, même cadre, même lieu… Sans me poser la moindre question je l’ai emporté avec moi. Et quand je dis « le même cadre », il s’agit strictement du même modèle (même nom) et de la même couleur.
Et c’est en arrivant chez moi que j’ai réalisé la supercherie: le cadre en bois massif vendu dans les rayons quelques années auparavant s’est muté en vulgaires morceaux de MDF agrafés entre eux et plaqués d’une imitation bois.
Outre l’efficacité et la rentabilité redoutable de ce modèle économique vertical et concentré évoqué plus haut, c’est également sur ce type de pratiques plus que douteuses, sur la crédulité et l’ignorance des gens que la réussite de ce modèle semble s’appuyer. Et quand je parle d’ignorance, ce n’est certainement pas un jugement: est-il décemment possible de demander au commun des mortels d’être expert en tout???

L’artisan, s’il souhaite développer une activité pérenne, n’a d’autre choix, lui, que d’établir une relation de confiance avec ceux qui font appel à lui.

Donc non, contre ce rouleau compresseur, un artisan aussi doué soit-il ne peut rivaliser.

Mais je ne suis pas fataliste pour autant parce que je suis convaincu que pour vivre décemment de son travail, on ne peut faire autrement que de changer de terrain de bataille. Bizarrement me viennent en mémoire les épisodes d’X-or que j’ai eu l’occasion de voir pendant les rares moment où mes parents nous laissaient accès, mes frères et moi, à la télévision du salon. X-or, donc, dont chaque aventure faisait mécaniquement appel au même ressort au niveau du scénario: le pauvre homme-robot se prenait systématiquement une branlée astronomique tant qu’il combattait le méchant-monstre-hideux sur le plancher des vaches.  Or quand il changeait de dimension (c’est comme ça qu’il disait), là les rôles s’inversaient: le monstre était affaibli, la branlée changeait de camp et X-or parvenait à sauver l’humanité toute entière. Et je me souviens qu’à l’époque, minots, on poussait avec mes frères un soupir de soulagement et on s’en allait retourner jouer au légos une fois l’épisode terminé.
C’est très métaphorique mais ça illustre bien mon propos: aujourd’hui, je suis convaincu qu’il n’y a pas trente-six solutions et quoiqu’en disent certains, il n’y a pas de tigre à chevaucher (sic!). Je suis convaincu que ce n’est qu’en se plaçant sur le terrain de la qualité sans concession, de la durabilité, de l’éthique et du sur-mesure, de l’authenticité et de l’audace qu’un artisan pourra tirer son épingle du jeu. Parce que la moindre chose qui induit une perte de rentabilité, l’industrie l’exècre. Or tout ce qui n’est pas standard ou uniforme, tout ce qui sort du domaine du compromis marketing et qui s’apparente à de la production à la demande (et je ne parle pas de la customisation que les grandes marques de chaussures de sport proposent via leur site internet aux adulescents en mal d’identité), je parle de vraie personnalisation, de véritable sur mesure, tout ce qui implique la construction d’une relation durable, du lien et de l’échange, tout cela, l’outil industriel est incapable de le produire à un coût raisonnable.
Et je suis intimement convaincu que c’est précisément sur ce plan là que la solution se trouve pour l’artisan.

Maintenant, tant que l’ameublement sera considéré à l’instar du prêt-à porter comme un produit de consommation qui évolue au gré de nos humeurs, tant que ces biens seront mis en concurrence avec le forfait fibre-haut-débit et l’écran plasma (il ne s’agit pas là d’un biais de l’industrie mais bien de notre propre responsabilité en tant qu’acteur économique – l’industrie ne faisant que répondre à une demande identifiée comme forte), le schéma sera non seulement ruineux à long terme pour le consommateur mais le sera également sur un plan social, énergétique et environnemental. Et c’est une certitude, l’industrie sera toujours là pour produire ces objets en forme de meuble.
En revanche, si le meuble devient un bien  solide et durable, si nous, tout consommateurs que nous sommes, réalisons que la relocalisation de l’économie est un impératif pour que l’activité humaine soit durable, que les échanges économiques doivent se faire au bénéfice des individus pour leur permettre d’offrir des cours de danse et des ballons de rugby à leurs enfants et non à destination de grands groupes financiers qui s’appuient sur la production de meubles pour assurer leur rentabilité (grands groupes qui au passage auraient tout autant pu s’appuyer sur la production de marshmallow, de fer à repasser, de prestations sociales et d’aide à la personne ou de la construction d’avions), si nous réalisons que ce changement de paradigme aujourd’hui plus que jamais est une condition nécessaire à la durabilité de notre modèle de société, alors j’ai la conviction profonde que les meubles deviendront à nouveau des objets nobles et précieux et que les artisans, les vrais, auront et pour longtemps de très  beaux jours devant eux!

Une nouvelle pierre à l’édifice: le commentaire de Julien Hardy (artisan ébéniste) posté sur le groupe Facebook « Travail du bois/Outils manuels – non électriques »:

Ceci dit, et pour répondre à la question posée, les exigences du travail manuel, mariées aux contraintes financières me font répondre que seule une approche hybride peut fonctionner économiquement, et dans la durée. Corroyer le bois nécessaire à une armoire à la varlope prend un temps fou, et coûte fort cher en tendinites, quand on répète l’opération tous les mois pendant des années, croyez-moi. Il restera toujours une planche qui ne passe pas dans la dégau-rabo pour ressortir la varlope. Je crois qu’un atelier peut rester entièrement manuel, à l’exception du corroyage. Soit une scie à ruban pour déligner, et une dégau-rabo pour mettre aux dimensions. Ou au moins une raboteuse pour mettre à l’épaisseur après avoir aplani une face à la varlope (j’ai longtemops travaillé comme ça). Le gros de la clientèle (je ne dis pas son ensemble) ne regarde pas la façon dont est faite un meuble, mais seulement le rapport look-fonction/coût. Le gain énorme de temps apporté par la corroyeuse permet de concentrer sa main sur les assemblages et le surfaçage, soit le plus important, à mon sens, et permet d’approcher une forme de rentabilité. Et quand je dis rentabilité, je ne parle pas de piscine dans le jardin. 🙂

 

Se former au travail du bois à la main

Travailler le bois à la main nécessite du bois, de la connaissance, des outils, des techniques, des gestes et un peu d’huile de coude.

Et quand on débute le travail du bois à la main, rien n’est familier parce qu’on sort des chemins battus, rebattus et tout tracés du travail du bois à la machine…

C’est exactement ce à quoi j’ai moi-même été confronté lorsque j’ai débuté…
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Deux articles en consultation libre

Le magazine Le Bouvet offre en consultation libre les deux articles sur lesquels nous avons travaillé ensemble et qui ouvrent la série consacrée au travail du bois à la main!

Une excellente occasion non seulement de se familiariser avec les différentes scies que l’on met en œuvre dans un atelier (scies égoïnes, scies à dos, etc…), de comprendre les différents types de dentures (géométrie, pas, etc…) et leurs applications, mais également de réaliser un banc de sciage qui constitue un outil incontournable pour scier les prédébits à partir d’une planche tout droit sortie de scierie!

Une généreuse initiative!

 

Banc de sciage

 

Qu’est-ce qui interdit de poser un rabot sur la semelle?

J’étais en train de corroyer à la main une pièce de bois pour expliquer la technique que j’utilise. On est au salon habitat et bois, à l’atelier « Touchons du bois » plus précisément, qui se tient fin septembre au palais des congrès de la ville d’Epinal au cœur des Vosges.

Les copeaux volaient copieusement au travers de la lumière du rabot et des gens de tous les âges étaient attentifs et absorbés autour de l’établi certainement curieux de voir comment un bonhomme allait bien pouvoir sortir un pavé parfaitement régulier de ce vulgaire morceau de bois tout tordu.

et en passant du riflard à la varlope, j’ai posé mon rabot.  Et c’est à cet instant précis qu’est venu de l’assistance, un « Oh! On ne pose pas le rabot sur la semelle! Un rabot, ça se pose sur le flanc! »
C’était un type, la soixantaine bien avancée, un peu renfrogné, casquette vissée sur la tête qui me lançait ça d’un ton légèrement péremptoire!

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Les colles (pour le bois) qui pèguent!

Péguer appartient à cette famille de mots dont la connotation géographique est très marquée.

Pour ceux qui vivent dans le sud-ouest, péguer, signifie coller, adhérer, avoir un toucher poisseux. C’est le genre de mots originaire de l’occitan, qui ont transpiré dans la langue courante, tout au moins du coin, et que l’on retrouve également dans la langue espagnole (pegar=coller).

Cet article parle de colles. Et de colles pour le bois qui pèguent! [Lire la suite…]

Vous n’avez pas remarqué??

Regardez bien!

Regardez bien parce que c’est la dernière pub que vous verrez sur T2woodworks!

Vous en avez très probablement conscience mais la publicité est le moyen mis en œuvre par l’hébergeur de ce blog (wordpress, mais il n’en a pas l’exclusivité) pour assurer la gratuité de sa mise en ligne. Concrètement et jusqu’à présent, je suis en mesure de vous proposer du contenu en contrepartie de petits encarts parfois clignotants qui viennent polluer la lecture des article. Et ce, sans qu’il me faille débourser le moindre centime.

En réalité, si c’est gratuit pour moi, c’est vous qui, dans une certaine mesure, payez le contenu que vous lisez au travers de la publicité qu’on vous montre.

Certains diront que ça donne du rythme à la lecture, que ça donne de la vie au site (ça se voit que les certains en question n’ont pas beaucoup mis les pieds par ici!), que la publicité est un moyen d’information pour permettre au consommateur de connaître l’ensemble des offres et de faire leur choix de consommation de manière éclairée.
Outre le côté très réducteur de cette démarche, ce sont en réalité les faux-arguments que les agences de communications nous ressortent à tour de bras pour justifier l’intrusion de la publicité dans nos vies.

Et personnellement, je n’en vois pas l’utilité: parce que je suis moi aussi un lecteur de contenu sur internet, les petites bannières et autres encarts publicitaires sont plus intrusifs et distrayants qu’autre chose pendant la lecture.
Et puis je ne comprends pas la pertinence de trouver, au beau milieu des copeaux d’un site sur le travail du bois à la main, de la publicité pour les taux particulièrement avantageux d’une banque en ligne ou pour les offres alléchantes sur des croquettes pour chat d’un grand groupe de supermarché…!

D’ailleurs si vous cherchez à vous fournir en matériel, la section « sites marchands d’outillage » de la page lien de T2woodworksplus est spécialement dédiée à ça.
Et ce n’est pas de la publicité déguisée: je ne retire aucun bénéfice à citer telle ou telle enseigne. Il s’agit juste des fournisseurs de matériel de qualité pour travailler le bois à la main. Suffisamment peu nombreux en tous cas pour qu’ils soient cités.

Aucune raison valable, aucune pertinence donc pour que les articles de ce blog soient pollués par de la publicité. Fût-elle ciblée…

Alors pour vous permettre de vous plonger dans le contenu de ce site et de profiter pleinement de votre visite (c’est pas mal les rimes riches… note pour plus tard: penser à se lancer dans la poésie!!!), j’ai fait le choix d’un contenu sans pub.

L’idée est toute simple: vous permettre de vous concentrer pleinement sur la raison de votre visite, le travail du bois, et par dessus tout, pour que sous les copeaux, vous ne risquiez pas de trébucher sur une scie sauteuse de chez Lidl!

Le Forgeron et le Bûcheron

Je suis tombé tout récemment sur ce magnifique documentaire qui illustre la complémentarité essentielle qui existe entre l’artisan qui fabrique les outils et celui qui travaille le bois.

On est loin de la taille des tenons et du creusage de mortaises. Ces images montrent ce qui vient tout en amont: le bûcheronnage traditionnel à la hache et au passe-partout. Que ce soit pour le forgeron ou pour le bûcheron, il y a tout autant de beauté dans les outils, d’intelligence dans le geste et de profondeur dans la pratique.

Alors installez-vous confortablement et très belle séance!

La Vie Solide – Arthur Lochmann

Je lis peu…

En réalité, ce n’est pas exactement ça: je lis beaucoup d’ouvrages la plupart du temps des livres techniques, souvent en anglais, mais je lis peu d’essais et peu de romans. Pour ainsi dire jamais. Trop peu de temps pour cela…
Et dans ce quasi désert littéraire, il est des livres qui passent dans nos vies comme des trains traversent des gares. Sans s’y arrêter. Mais il y en a qui vous tirent par la main et vous emportent vers une pensée lointaine mais qui résonne au plus profond et parle à l’intime.

La Vie Solide est de ceux là.

Arthur Lochmann, son auteur, après des études de droits et de philosophie a embrassé le métier de charpentier. Une expérience riche, concrète, directe et solide de laquelle sont tirés les récits et les réflexions de ce livre.

Il explique dans cet essai comment un métier manuel et concret, comment le travail de la matière (et quelle matière: le bois, matière vivante par excellence) permet de s’ancrer dans un monde dans lequel tout bouge, tout est mouvant et tout est changement. Un monde dans lequel ces changements qui s’inscrivent dans des cycles de plus en plus courts figent paradoxalement le temps qui passe parce qu’ils éteignent la confiance que nous pouvons avoir en l’avenir au lieu de lui donner de l’épaisseur, de la profondeur et de la consistance.

Il explique l’importance fondamentale de l’intelligence pratique, l’importance du geste et des savoirs-faire. Il décrit une pratique qui s’inscrit dans le temps long, une pratique vieille et riche de plusieurs siècles et qui s’appuie sur la transmission d’un savoir, savant mélange de tradition et de modernité, un savoir essentiel à la tenue des structures et des bâtiments qui traverseront les siècles. Il s’agit d’une pratique qui confère à celui qui l’embrasse une vie riche et solide et dans laquelle le résultat concret de l’ouvrage construit reste tout à la fois le critère unique de succès de la démarche ainsi que la vitrine indéfectible du savoir faire de l’artisan.

Et parce que ce qu’Arthur Lochmann décrit dans le domaine de la charpente est en grande partie transposable dans le domaine de la fabrication de meubles selon des méthodes traditionnelles de construction, ce livre est un véritable petit bijou à lire qui permet d’appréhender le travail du bois dans une dimension autrement plus riche que la simple juxtaposition et l’assemblage de pièces entre elles. Il remet en lumière la grande noblesse de cette pratique dense, épaisse et solide qui nous recentre tout à la fois dans le moment présent de nos propres vies et dans la continuité du temps qui s’écoule.

L’interview d’Arthur Lochmann par Laure Adler sur France Inter est disponible en écoute ici.

Outils dans le système de mesure impérial ou métrique?

On peut grossièrement scinder les amateurs de café en deux groupes: il y a ceux aiment l’arabica et ceux qui préfèrent le robusta.

Et c’est amusant parce que peu de temps après avoir commencé à travailler le bois à la main, la question du choix du système de mesure dans lequel les caractéristiques de mes outils s’inscrivent s’est longtemps posée: faut-il impérativement opter pour des outils uniquement compatibles avec le système métrique dans lequel on baigne en Europe ou bien les outils du système impérial pourraient-ils parfaitement faire l’affaire?

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Mon beau sapin… (de quoi compléter sa liste de cadeaux pour Noël! 2019)

Juste histoire de planter le décor et de plonger dans l’ambiance… En musique de fond de cet article, je sortirai ce petit vinyle de derrière les fagots pour le poser délicatement sur la platine… Ambiance!

Eh! Vous non plus vous ne l’avez certainement pas loupé: Noël approche. Les guirlandes fleurissent dans le ciel de nos villes, les lumières du jour sont plus cotonneuses, les jours deviennent étonnamment plus courts et les odeurs de marrons grillé nous caressent le museau…

Voici donc un article de saison… Et une fois n’est pas coutume, il s’agit d’un article consacré exclusivement au matériel, un article pour vous aider à choisir un cadeau pour votre doux ou votre douce ou un article qui vous permettra d’étoffer la liste au Père Noël et la glisser discrètement dans la poche arrière de votre blonde ou votre cheum. Bref, une liste de choses et d’autres qui s’efforce d’embrasser une gamme de prix la plus large possible. Alors non, il n’y a rien dans cette liste qui soit absolument indispensables pour travailler le bois mais c’est en revanche bien pratiques dans l’atelier et à l’établi!

Les prix sont bien évidemment fournis à titre indicatifs et se veulent en réalité plus des ordres de grandeur qui vous permettront de savoir où vous mettez les pieds que des prix réellement indiqués sur l’étiquette.

Et puis vous allez très vite vous en apercevoir mais cette liste parle de marques et des modèles. Et je le fais avec d’autant plus sérénité que:

  1. Dans un marché aussi confidentiel que l’outillage pour le travail du bois à la main il n’y a pas trente-six alternative et tout le monde les connait. Et si vous n’êtes pas encore familier avec ce milieu, vous allez vite le devenir.
  2. Je ne prends aucun plaisir à tortiller des fesses en utilisant des périphrases du type « le fabricant canadien d’outils » ou « la marque de rabots du Maine ».
  3. Il s’agit d’outils ou de produits que je possède moi-même et j’en parle d’autant plus facilement que je les utilise et les connais.
  4. Cette liste a été établie de manière indépendante, libre et personnelle. Elle est le fruit de ma seule expérience et je ne retire aucun avantage particulier à parler de telle ou telle chose, si ce n’est la satisfaction de savoir que l’utilisation de ces outils et accessoires vous seront d’une grande aide dans la pratique!

Alors attaquons!

Trusquin double (+ accessoire de solidarisation des tiges)

60€ environ.
Avant, pour tracer mes tenons et mes mortaises, je m’escrimais avec deux trusquins. Deux trusquins qu’il fallait que je dérègle pour tenter de reprendre la bonne côte si jamais la pièce qui accueille la mortaise devait être plus large que celle qui porte le tenon (et c’est souvent le cas de piètements sur des tables classiques). Résultat, l’impact sur ma précision de tracage était réelle et l’ajustement de l’assemblage s’apparentait plus à une jambe après trois semaines de plâtre qu’à de l’usinage de précision des platines de support des satellites à monter sur la fusée Ariane.

Mais ça, c’était avant, … avant d’utiliser un trusquin double. Non pas que je sois en mesure de construire des fusées, juste que mes tracés sont aujourd’hui simplifiés et plus propres.

On trouve différents types de trusquins doubles:

  • Ceux à pointe de modèle anglais qui trace bien les deux flancs de la mortaise ou les deux joues du tenon à la fois mais il ne présente pas de moyen d’assurer une distance constante entre les pointes quand on règle la distance au sabot de l’outil.
  • Ceux à disque qui présentent deux disques séparés d’une entretoise et qui se montent en bout de tige (cf. les trusquins Tite-Mark de chez Glen Drake). Ce sont des trusquins extraordinaires mais ce système n’est pas des plus pratiques: comme il impose une distance fixe entre les deux disques, il est impossible de choisir une distance intermédiaire entre les tailles proposées. De plus, tout changement d’écartement entre les disques (donc de la largeur de la mortaise ou du tenon) n’est possible qu’à condition de démonter le dispositif et d’en monter un autre.
  • Veritas a sorti un excellent trusquin double dont je ne me séparerai pour rien au monde (Ah vraiment? Oui, vraiment!). Le trusquin présente deux tiges. Chacune des tiges est verrouillable indépendamment sur le corps de l’outil et une petite molette particulièrement bien pensée permet de solidariser les tige entre elles et de reprendre la distance de l’élément d’assemblage au flanc de la pièce sans avoir à dérégler la largeur du tracé. Il faut juste s’assurer que la molette est bien serrée avant de toucher au réglage mais elle le sera parce qu’elle a la fâcheuse tendance à se faire la malle si jamais le serrage n’est pas bien accompli.

Bref, un outil indispensable pour le tracé précis des assemblages à tenon-mortaise et surtout un outil très bien pensé et dont le prix reste comparativement et somme toute modeste.

Compas à pointe sèche

40 à 50€ environ.
Des compas à pointe sèche, il y en a des tonnes. Prenez le compas qu’on glissait dans nos trousses, à l’école. Il suffisait de remplacer la mine graphite par une pointe généralement fournie pour que le compas devienne un compas à pointe sèche (et ce n’est que bien plus tard que j’ai réalisé et compris ce à quoi ça pouvait servir!). Ouaip…

Maintenant, si on parle de compas à pointe sèche pour tracer des queues d’aronde, je ne vais pas passer par quatre chemins: j’utilise des compas à pointe sèche Starett, petits et grands modèles.

Et qu’ont-ils de plus que les autres? les jambes sont effilées au possible, c’est à dire qu’elles terminent par une pointe, une vraie. De celles qui font naître une goutte de sang au bout du doigt si on appuie trop fort. Et…? Eh ben c’est avec ce type de pointe qu’on peut reporter des distance avec précision, déterminer des emplacement de queues d’arondes pour réaliser un assemblage propre. Et puis le ressort est robuste et force l’écartement. Pas de déréglage possible au tracé comme on pourrait l’avoir sur un outil trop mou.

Il existe en deux taille (et donc en deux prix) en fonction de l’écartement maximum que l’on souhaite: env. 150mm pour la grande taille et 75mm pour le petit modèle.

Bref, un outil plus cher que ce que l’on trouve en GSB, certes, mais dont le prix est à la hauteur de ce que l’on a en main: un véritable compas à pointe sèche.

Équerre à talon de mécanicien

20€ environ.
Une équerre de mécanicien c’est une équerre plate qui présente un talon en forme de T. C’est un outil qui n’a pas son pareil pour reporter un trait d’une face à l’autre, tel que le tracé de la ligne de base d’un tenon ou d’un assemblage à queues d’arondes. On vient plaquer « une aile » du T sur l’arête et on fait glisser l’outil à la côte désirée. Il ne reste plus qu’à tracer.

C’est un outil dont la construction est d’une simplicité biblique et dont le prix reste très très modeste pour un service rendu exceptionnel! On trouve ce type d’outil dans les GSBs et sont parfois appelées « équerres de mécanicien ». Facom en fait de très bonnes.

Critérium 0.3mm

20€ environ.
Ce critérium est destiné à ceux qui tracent leurs assemblages au tranchet et au trusquin (à lame ou à pointe). Et quand on cherche de la précision d’assemblage, le tranchet et le trusquin deviennent obligatoires.

Un crayon pour tracer au tranchet? Oui. Mais pas pour tracer. Pas exactement en tous cas. Je l’utilise pour reprendre les traits laissé par la lame du tranchet ou le disque inciseur du trusquin qui peuvent rapidement se perdre dans les méandre du fil du bois et ne plus être bien visible. Sa fine mine se loge dans le sillon laissé par l’outil de traçage et vient mécaniquement suivre le trait. Elle noircit les bords de part et d’autre ce qui redonne de la visibilité et évite des erreurs!

Même si la mine est cassante et qu’il faut prévoir une recharge, lui non plus, je ne m’en séparerai pas. Vous en trouverez dans tout bon magasin de fourniture de bureau ou les grandes enseignes de loisir créatif.

La vie solide (Arthur Lochmann)

15€ environ.
Titre: La vie solide, la charpente comme éthique du faire, 203p.
Auteur: Arthur Lochman
Editions: Payot

Un essai très intéressant sur le métier de charpentier en charpente traditionnelle et par extension sur le métier du travail du bois à la main. Un petit bouquin de poche à ouvrir et dont on se délecte au coin du feu!

Tablier en toile dure

50€ environ.
Vous connaissez coeur-croisé de Playtex? Eh ben même si ce soutient-gorge est au dessous coquin ce que le minitel est à la communication réseau, il a un peu à voir avec ce qui vient…

Je veux parler d’un accessoire vraiment adapté aux boiseuses et aux boiseux et dont je ne me serai jamais douté qu’il prenne une place aussi importante dans ma pratique: le tablier.

Mais le tablier, c’est pour les papis! Ben non… Ou sinon… Mince, mais je serais tombé de l’autre côté de la barrière?!

Quoiqu’il en soit, c’est un tablier confectionné dans une toile qui s’apparente à une cote de maille. Je n’irai pas la tester en tenant de me planter un ciseau à bois dans le ventre mais elle est d’une résistance impressionnante. Le tablier couvre bien l’ensemble du torse. En largeur de part et d’autre en allant d’une aisselle à l’autre, et en hauteur il part de la base des clavicules pour descendre au bas des cuisses. Avec lui, je ne crains plus les gouttes de colle, le tranchant ou les dents des mes outils et j’ai toujours un crayon, une petite équerre, un réglet et un mètre ruban à porté de main.

Ses bretelles sont croisées dans le dos, ce qui lui confère un confort franchement étonnant (vous voyez la référence à coeur-croisé???). Et puis il est équipé d’une multitude de poches qui sont très bien pensées et positionnées mais qui demandent un peu de rigueur pour ne pas perdre ce que l’on y range…

Après, pour les fétichistes, il est tout à fait possible de le porter nu… Sauf que là, on sort clairement du champ des sujet de ce blog…!

Flacon d’huile de Camélia

15€ les 250mL environ.
Un petit flacon de parfum euh d’huile de Camélia, à offrir dans son conditionnement en spray pour ravir les boiseuses et boiseux les plus exigeants…!

Surtout pour ceux qui n’ont pas encore vu leur semelle de rabot rouiller. On n’en fait pas une consommation démentielle non plus mais c’est indispensable à l’entretien des outils tranchants (et parfois même à l’entretien des outils de traçage), outils qui sont constitués de fonte ou d’acier qui garantit la longévité de leur tranchant et leur stabilité dimensionnelle mais qui rouillent dès qu’on pose le regard dessus.
Un coup de chiffon imbibé de deux ou trois pulvérisations et le tour est joué.

Alorsoilà, la liste est terminée pour cette année et vous avez déjà de quoi faire…!

Alors maintenant qu’on attaque sérieusement les chocolats du calendrier de l’avant, je dois vous faire une petite confidence: moi, quand je chante « mon beau sapiiiiiiiiing… Roi des foreêêêêêêêêt… », ce n’est pas nécessairement le signe d’une glorification béate pour un pinus quelconque… Non non, c’est juste que j’ai hâte qu’il passe à la casserole parce qu’en le voyant, je ne vois que des planches et j’ai un paquet des idées de réalisations qui me passent par la tête!!!

Un joyeux Noël à vous tous!