Atelier Touchons du Bois – Salon Habitat et Bois à Epinal 2020

Il faudrait avoir passé les 8 derniers mois dans une grotte pour ne pas imaginer que la crise du COVID a fait peser une immense incertitude sur la tenue du salon Habitat et Bois à Épinal cette année.

Eh bien, c’est confirmé, le salon aura bien lieu du 17 au 21 septembre cette année!

Le salon Habitat et Bois, c’est le plus grand salon du Grand-Est, dédié à la construction bois et aux métiers de l’habitat. Un salon qui rassemble pas loin de 380 exposants…
Mais vous l’imaginez bien, le but de cet article n’est pas de vous parler de poêle à pellets, systèmes de verrouillage 3 points sur la porte d’entrée ou solutions de financement pour une maison basse consommation… Non, le but de cet article est, avec la tenue du salon Habitat et Bois, de vous confirmer la tenue d’un évènement qui se déroule en son sein: l’atelier Touchons du Bois!

Et je n’ai aucun doute que si vous lisez ces lignes, vous y trouverez un intérêt.

Quès aquo donc que l’atelier Touchons du Bois?

C’est tout simplement un rassemblement de passionnés qui se retrouvent tous les ans depuis 6 ans maintenant pour parler bois avec des passionnés qui viennent visiter le salon.

L’année dernière, outre les YouTubeurs que vous connaissez si vous surfez un peu sur la toile (Franck de Créolignum, Lucas Mainferme du Chantier la Vivacia, Boris Beaulant de l’Air du Bois et même Cray Birkenwald est passé nous faire un coucou), outre des ovnis extraordinaires comme Lenka Pavlickova (talentueuse sculpteuse tchèque de marionnettes) et Paul Corbineau (une des sommités françaises dans la caractérisation et la reconnaissance des essences de bois), outre des institutions comme la croisée découverte (formation au travail du bois pour adultes) et les éditions Martin Média (Bois+, Le Bouvet), il y avait Curtis Turner (le démonstrateur de chez Lie-Nielsen), Daniel Verdier d’Outils Passion (brocante et expertise en outils anciens), Michel Auriou de l’entreprise Auriou et qu’on ne présente plus, ainsi que Yann Facchin des Editions du Vieux Chêne (vous savez cette petite maison d’édition qui publie depuis quelques années maintenant des traductions d’ouvrages anglophones à destination du public francophone). Et bien d’autres encore!

L’année dernière, comme les années précédentes, nous avons tous, visiteurs comme exposants, vécu des moments riches d’échange, de partage et de rencontres. Parce que ce salon nous permet de nous parler, par delà les lignes d’un texte couché sur un écran, par delà la fenêtre vidéo YouTube, et de vivre le contact humain (chose devenue précieuse, vous ne trouvez pas??)… C’est une occasion rare de se rencontrer!
Cet atelier touchons du bois, c’est également une chance extraordinaire pour les professionnels (je pense à Daniel Verdier, à Michel Auriou et aux éditions du vieux chêne) de rencontrer leurs clients et lecteurs, d’être à leur écoute, de pouvoir échanger et recueillir leur besoin et puis dévoiler quelques nouveautés… Et donc une occasion rêvée pour vous de parler avec eux de tout cela!
Et pour ces professionnels, c’est surtout une chance à ne pas rater pour provoquer des rencontres et ouvrir des portes qui peuvent déboucher sur de très belles aventures!
C’est bien simple: dans le monde du travail du bois et du travail du bois à la main, l’atelier touchons du bois est un évènement majeur.

Alors cette année j’aurai la chance d’y participer et vous y donne rendez-vous pour discuter, échanger et partager sur le travail du bois à la main, mais surtout parce que malgré l’incertitude qui pesait sur la tenue de ce salon, nous vous avons préparé de très jolies surprises!

Voilà un avant goût de ce qui nous attend… Et moi, pour ne rien vous cacher, je peux vous dire que ça me tarde!

Curtis Turner, démonstrateur de Lie Nielsen

Boris Beaulant et Franck Maquart

Lucas Mainferme

En pleine tentative de piqûre de râpe (sous l’œil attentif de Mickaël, piqueur chez Auriou)

Michel Auriou apprenant le geste à Decay, la marionnette de Lenka Pavlickova

Master Class sur le corroyage aux outils à main

George Cain aux commandes de Decay, Lucas Mainferme, Michel Auriou et Curtis Turner

Exposition de Paul Corbineau (en arrière plan) et Zélo de Boris Beaulant (au premier plan)

Dis-donc, gros, ça bouge dans la Meuse…!

(On dirait un titre de la Gazette de Bar-le-Duc!!)

Lucas Mainferme?

Vous connaissez très certainement…!? Il s’agit d’un bonhomme qui travaille le bois aux outils à main, qui a écrit plusieurs articles pour Le Bouvet. Il alimente régulièrement sa chaîne Youtube Chantier La Vivacia avec des vidéos sur le travail du bois à la main.

Lucas, c’est un bonhomme au sens étymologique du terme.

Nous nous sommes rencontrés sur le salon Habitat et Bois d’Epinal, il y a bientôt un an.

Après les sérieux doutes liés à sa tenue du fait de la crise du COVID, j’en profite pour vous glisser l’information réjouissante qui confirme cette année le Salon Habitat et Bois (du 17 au 21 septembre 2020). Est-il nécessaire de vous dire que tout comme l’année dernière, alors que la barre était déjà placée bien haut, nous sommes en train de concocter un programme aux pe-tits oi-gnons, programme à destination de toutes celles et ceux qui viendront pousser les portes de l’atelier Touchons du bois…?  Woppoppop, on ne va pas divulgâcher: je vous en dirai plus le moment venu.

Nammé-dites-don, ça s’appelleré pas un tizeurreu, heim??!! (À lire avé l’accent du sud, bénnévidammam!)

Il y a un an donc, nous nous sommes retrouvés avec Lucas dans la capitale des Vosges parmi les Daniel Verdier, Michel Auriou, Boris Beaulant de l’Air du bois, Franck de Créolignum et toute une bande de joyeux drilles.  Même Yann Birken nous a rejoint avec son mug à café!

Et avec Lucas ça a tout de suite accroché: on est mu par la même passion, par la même flamme.  Et ce qui m’a d’emblée plu chez lui, c’est que notre approche pourtant très différente de la pratique du travail du bois aux outils à main (la vie nous a fait emprunter des chemins bien différents…), cette complémentarité, apporte à nos discussion et nos échanges une richesse et une épaisseur insoupçonnées.

Alors ça fait quelques mois que les technologies modernes de la communication nous affranchissent des presque 650km à vol d’oiseau qui nous séparent physiquement, quelques mois que nous échangeons sur des sujet que la décence et la bienséance m’interdisent d’évoquer ici.

Vous vous en doutez, il n’est pas nécessaire d’être maître de conf. en géographie pour réaliser que la distance entre la Meuse et le Tarn ne facilite pas la mise en commun d’un atelier (ce n’est pourtant pas l’envie qui nous manque!). Pourtant, ça fait un moment que ça nous démange tous les deux de faire circuler nos savoirs et savoir-faire, un moment que nous titille l’envie d’ouvrir les portes de l’atelier pour accueillir des stagiaires.

J’ai par conséquent la fierté et l’immense bonheur de vous annoncer que c’est aujourd’hui le cas: Lucas vous ouvre les porte de son atelier le 5 Septembre pour discuter avec vous de son projet. Pour vous inscrire ou pour toute question, envoyez-lui un mail à mainfermeandco chez gmail point com.

Et puis de vous à moi, il y a le travail du bois certes, mais si vous devez être invité.e à manger la tarte à la mirabelle chez mamie ce jour là, ne vous posez pas de question, décommandez et gardez vos petits gâteaux pour chez Lucas: personnellement, je ne passerai pas à côté d’une très chouette rencontre!

L’Etabli de l’Anarchiste

Lost Art Press publie outre-atlantique des livres sur les techniques traditionnelles du travail du bois. Et ça fait 20 ans que ça dure.

Le dernier opus, dans la lignée des ouvrages qui traitent de sa démarche d’anarchiste esthète, ce dernier opus, donc, sort aujourd’hui sur les établis: quelle forme l’établi idéal devrait-il prendre, un établi de conception simple qui fait parfaitement le travail et qui va pouvoir évoluer avec votre pratique?

En seconde partie de l’ouvrage, Schwarz aborde les techniques de construction et la réalisation de ce que je considère comme étant un outil à part entière et fondamentalement indispensable au travail du bois dans dans un atelier: l’établi.

Une conception simple, des techniques de fabrication accessibles… bref, un ouvrage majeur.

Et comme une excellente nouvelle ne vient jamais seule, Lost Art Press met l’ouvrage anglais à notre disposition sous forme de document .pdf téléchargeable gratuitement au travers de ce lien.

Personnellement, l’idée de lire ce livre, cet été, avec les pieds dans l’eau d’un lac de montagne ne me déplait guère…

Très bonne lecture!

Des cours aux petits oignons…!

En pleine préparation de cours aux petits oignons sur les fondamentaux du travail du bois à la main!
Ici est illustrée la notion de compatibilité des efforts avec le matériau bois.

Compatibilité des efforts avec le matériau bois


L’anatomie du bois, ses propriétés, ses déformarions quand il est soumis aux variations du taux d’humidité ainsi que les choix de conception qui en résultent et bien d’autres choses encore seront également developpés.
Les cours commencent ce lundi et j’ai hâte d’y être!

Vous voulez en savoir plus? Tout est ici!

Ca se précise…

Je vous ai parlé ici de la mise en place d’un cycle de cours sur les fondamentaux du travail du bois à la main.  Eh bien, bonne nouvelle: ça se précise!

En voici les détails.

Il s’agit d’un cycle de 5 cours sur les notions essentielles pour travailler le bois à la main présentés sous forme d’ateliers techniques et démonstratifs qui visent à aborder les piliers de la pratique: le matériau bois, l’affûtage, le corroyage, … [lire la suite…]

David, Goliath et le travail du bois

On est un dimanche matin.  Entre la tartine et le café, je reçois une notification de commentaires d’article du blog dans ma boîte mail:

Bonjour Sébastien,
plusieurs années que je suis tes articles, et que j’acquière des outils manuels au détriment de l’électroportatif, merci pour tes partages et nombreux conseils.
Peut-être pas le lieu mais penses-tu qu’une pratique de la menuiserie exclusivement ou quasi exclusivement à l’aide d’outils manuels puisse, aujourd’hui ou dans un futur proche, être concurrentielle avec l’offre aujourd’hui existante mécanisée? Autrement dit, penses-tu qu’un artisan « manuel » puisse raisonnablement vivre de son activité professionnelle, face aux autres artisans « mécanisés »? Ou bien selon toi, le travail exclusivement manuel est-il réservé à une activité de loisir, de passion (non rémunératrice)?
J’aimerai croire qu’il peut y avoir une clientèle capable de préférer une démarche manuelle, plus longue, faisant davantage sens, avec moins d’impacts financiers (crédits pour les machines par ex.) ou environnementaux (baisse des ressources, conso d’énergies, etc.) et prête à une juste rémunération du temps passé. Mais n’est-ce pas un doux rêve? J’ai déjà l’impression que les menuisiers tirent la langue face à la grande distribution, jaune et bleu par exemple (pas partout il est vrai). La question se résoudra, je pense, d’elle même dans quelques décennies (avec la baisse des ressources disponibles), mais dans combien exactement?
Ton avis à ce sujet m’intéresserait.
Bien à toi,

J’étais en train de beurrer copieusement l’écran de mon portable en commençant à tapoter la réponse du bout de mes gros doigts qui venaient de constituer un semblant de tartine (quelle idée aussi de rédiger une réponse de bon matin, au milieu des miettes???) lorsque j’ai réalisé que je n’étais pas parti sur un modeste paragraphe et que la question tout comme la réponse méritaient qu’elles prennent une autre forme, celle de l’article que vous êtes en train de lire.
Donner
plus de visibilité à cette discussion et la sortir finalement de la confidentialité des commentaires permettra à tout le monde de prendre le temps de la lire et de l’enrichir!

C’est une vaste question que tu soulèves en ce dimanche et à mon niveau je n’ai hélas pas les outils de prospective qui me permettent de te donner la moindre date…! 🙂
Les réponses à ces questions sont loin d’être intuitives, tu l’imagines bien, et ça fait un moment que je réfléchis à cette problématique de fond: comment un artisan avec un minium de talent et qui inscrit son activité dans une démarche éthique et durable peut-il décemment vivre de son travail?

Alors sans pouvoir te donner de réponse toute faite, je vais te faire part de ma réflexion personnelle qui n’a rien de figée et qui ne demande qu’à être enrichie des échanges et de la discussion que l’on pourra tous avoir.  Parce que je doute en réalité que ce questionnement se limite non seulement à nos deux individualités mais également à notre domaine – le travail du bois – et je suis convaincu que l’on est nombreux à se poser la question…

En préambule, et c’est un fait, le travail du bois à la main n’est pas condamné à se cantonner à une activité loisir, loin de là. Il est actuellement pratiqué dans un cadre d’activité professionnelle.  De nombreux artisans, parmi lesquels des artisans d’art, travaillent aux outils à main. Ce choix est pertinent parce que l’investissement reste somme toute limité (en comparaison d’un équipement machine équivalent) et parce que le travail se fait sur des pièce uniques, sans parler de la touche que la main de l’homme laisse derrière elle et qu’aucune machine ne saura égaler.

Le premier constat que je fais est un constat froid, implacable, imparable et qui se place sur un plan purement et exclusivement économique.
Non, il faut être clair: un artisan équipé d’outils manuels, aussi doué et efficace soit-il, n’est pas en mesure de concurrencer les mastodontes de l’industrie de l’ameublement (tu citais à juste titre la marque d’ameublement jaune et bleue dont le nom commence par I et termine par -KEA 🙂 , mais il y en a d’autres). Avec une maîtrise sur l’ensemble de la chaîne, de la production de la matière bois (sylviculture intensive dont la production est boostée par les intrants chimiques), à la distribution et à l’après vente en passant par la conception (menée par une armée d’ingénieurs flanquée d’une armée de responsables marketing), la transformation ou la commercialisation, les grandes enseignes dans le domaine ont réussi à développer une activité d’une optimisation technique et d’une rentabilité financière jamais atteinte. Il leur est par conséquent possible, grâce à cette maîtrise de bout en bout de la production et grâce à l’économie d’échelle induite par la production en très grande série, de baisser les prix à un niveau presque indécent qu’aucun artisan ne pourra assumer. Ils ont réussi à démocratiser le mobilier design.  C’est le créneau sur lequel ils se placent, le goût du design restant très relatif et la beauté des lignes est pourtant très grossière, mais ça fonctionne.
Aucun artisan ne peut rivaliser sur ce créneau. Et tenter de concurrencer l’industrie sur son segment, celui du meuble de qualité médiocre à bas prix, est une course vaine et perdue d’avance.

Pourquoi ce modèle fonctionne-t-il? Simplement parce ce n’est pas de meubles dont il s’agit.  Ce ne sont pas des meubles destinés à assurer durablement leur fonction. Il s’agit en réalité d’objets qui prennent la forme de meubles mais qu’on ne peut décemment considérer comme tels.
Alors oui, ces objets ont des formes plutôt plaisantes, on ne peut le nier, mais avec la tripotée de designers payés au lance-pierre qui bossent derrière les catalogues, c’est tout de même la moindre des choses que les lignes soient un minimum travaillées.
Et puis il faut que ces lignes soient attirantes pour occulter le fait que ces objets font massivement appel à l’emploi de panneaux de particules.  Le panneau de particules présente l’avantage non négligeable pour les usines de ne plus travailler avec une matière sujette aux variations saisonnières d’humidité. L’industrie a trouvé dans ces panneaux la solution technique aux « insupportables caprices du bois »: elle transforme le bois en « non-bois », c’est à dire en un produit qui n’a plus aucune des propriété initiales du bois.  Cette transformation permet de le rendre digeste pour la machine. Parce que le bois massif reste une matière exigeante qui demande de la connaissance et du travail si on souhaite le mettre en œuvre convenablement et si le but de la production est que les réalisations soient durables (et il faut qu’elles le soient!). Le bois est, hélas pour les grands groupes, une matière qui n’arrive pas à rentrer dans les cases trop étriquées et contraignantes que le processus industriel exige. L’industrie doit alors tout d’abord réduire le bois en poussière pour dans un second temps le reconstituer de sorte que la machine puisse l’avaler. Et il faut croire (parce qu’on ne peut qu’en faire le constat) que cette débauche incroyable et contre-intuitive d’énergie et de matière – pour détruire le bois et le reconstituer – reste rentable économiquement parlant…

On en arrive alors à devoir considérer un second plan: celui des coûts cachés, c’est à dire des coûts que le consommateur final ne paye pas et qui n’apparaissent pas sur l’étiquette (éthiquette ??? 😉 ).  Or ces coûts pourtant bien réels ne se volatilisent pas.  Ils sont nécessairement supportés  d’une manière ou d’une autre par une entité tierce.
Je pense aux coûts environnementaux liés aux processus de production de matière première, au transport vers l’usine de transformation,  à la transformation elle-même, à l’emballage et à l’acheminement vers le centre de distribution, je pense également à la montagne de déchets de packaging et à l’emploi de plus en plus fréquent de matériaux qui s’apparentent bien plus à l’industrie pétro-chimique qu’à la production sylvicole. Je pense encore aux coûts sociaux que cette industrie induit chez les sous-traitants de second, troisième et quatrième niveau fréquemment installés dans des pays où le coût du travail est incomparablement plus bas et les protections sociales sinon inexistantes, du moins réduites à leur plus simple expression.  Et l’industrie fait aujourd’hui massivement appel à l’externalisation (sous-traitants en cascade) pour limiter les risques en terme d’image.  Tout ce qui dérange est relégué le plus loin possible pour éviter que la tâche sur la nappe ne vienne remonter par capillarité jusqu’à la maison mère.

Tout est fait pour que ces coûts réels soient le moins visible du consommateur et le plus difficilement accessibles par lui.

Et puis j’ai personnellement vécu une expérience qui me questionne grandement. Dans une grande enseigne réputée, j’ai acquis il y a de cela plusieurs années maintenant un cadre pour mettre en valeur une photo sur le mur de mon salon. J’ai fait le choix de ce cadre parce qu’il était, et j’en fus le premier surpris, constitué de bois massif et pourtant d’un prix somme toute très raisonnable. Quelques années plus tard, il me fallait encadrer une autre photo .  Même enseigne, même cadre, même lieu… Sans me poser la moindre question je l’ai emporté avec moi. Et quand je dis « le même cadre », il s’agit strictement du même modèle (même nom) et de la même couleur.
Et c’est en arrivant chez moi que j’ai réalisé la supercherie: le cadre en bois massif vendu dans les rayons quelques années auparavant s’est muté en vulgaires morceaux de MDF agrafés entre eux et plaqués d’une imitation bois.
Outre l’efficacité et la rentabilité redoutable de ce modèle économique vertical et concentré évoqué plus haut, c’est également sur ce type de pratiques plus que douteuses, sur la crédulité et l’ignorance des gens que la réussite de ce modèle semble s’appuyer. Et quand je parle d’ignorance, ce n’est certainement pas un jugement: est-il décemment possible de demander au commun des mortels d’être expert en tout???

L’artisan, s’il souhaite développer une activité pérenne, n’a d’autre choix, lui, que d’établir une relation de confiance avec ceux qui font appel à lui.

Donc non, contre ce rouleau compresseur, un artisan aussi doué soit-il ne peut rivaliser.

Mais je ne suis pas fataliste pour autant parce que je suis convaincu que pour vivre décemment de son travail, on ne peut faire autrement que de changer de terrain de bataille. Bizarrement me viennent en mémoire les épisodes d’X-or que j’ai eu l’occasion de voir pendant les rares moment où mes parents nous laissaient accès, mes frères et moi, à la télévision du salon. X-or, donc, dont chaque aventure faisait mécaniquement appel au même ressort au niveau du scénario: le pauvre homme-robot se prenait systématiquement une branlée astronomique tant qu’il combattait le méchant-monstre-hideux sur le plancher des vaches.  Or quand il changeait de dimension (c’est comme ça qu’il disait), là les rôles s’inversaient: le monstre était affaibli, la branlée changeait de camp et X-or parvenait à sauver l’humanité toute entière. Et je me souviens qu’à l’époque, minots, on poussait avec mes frères un soupir de soulagement et on s’en allait retourner jouer au légos une fois l’épisode terminé.
C’est très métaphorique mais ça illustre bien mon propos: aujourd’hui, je suis convaincu qu’il n’y a pas trente-six solutions et quoiqu’en disent certains, il n’y a pas de tigre à chevaucher (sic!). Je suis convaincu que ce n’est qu’en se plaçant sur le terrain de la qualité sans concession, de la durabilité, de l’éthique et du sur-mesure, de l’authenticité et de l’audace qu’un artisan pourra tirer son épingle du jeu. Parce que la moindre chose qui induit une perte de rentabilité, l’industrie l’exècre. Or tout ce qui n’est pas standard ou uniforme, tout ce qui sort du domaine du compromis marketing et qui s’apparente à de la production à la demande (et je ne parle pas de la customisation que les grandes marques de chaussures de sport proposent via leur site internet aux adulescents en mal d’identité), je parle de vraie personnalisation, de véritable sur mesure, tout ce qui implique la construction d’une relation durable, du lien et de l’échange, tout cela, l’outil industriel est incapable de le produire à un coût raisonnable.
Et je suis intimement convaincu que c’est précisément sur ce plan là que la solution se trouve pour l’artisan.

Maintenant, tant que l’ameublement sera considéré à l’instar du prêt-à porter comme un produit de consommation qui évolue au gré de nos humeurs, tant que ces biens seront mis en concurrence avec le forfait fibre-haut-débit et l’écran plasma (il ne s’agit pas là d’un biais de l’industrie mais bien de notre propre responsabilité en tant qu’acteur économique – l’industrie ne faisant que répondre à une demande identifiée comme forte), le schéma sera non seulement ruineux à long terme pour le consommateur mais le sera également sur un plan social, énergétique et environnemental. Et c’est une certitude, l’industrie sera toujours là pour produire ces objets en forme de meuble.
En revanche, si le meuble devient un bien  solide et durable, si nous, tout consommateurs que nous sommes, réalisons que la relocalisation de l’économie est un impératif pour que l’activité humaine soit durable, que les échanges économiques doivent se faire au bénéfice des individus pour leur permettre d’offrir des cours de danse et des ballons de rugby à leurs enfants et non à destination de grands groupes financiers qui s’appuient sur la production de meubles pour assurer leur rentabilité (grands groupes qui au passage auraient tout autant pu s’appuyer sur la production de marshmallow, de fer à repasser, de prestations sociales et d’aide à la personne ou de la construction d’avions), si nous réalisons que ce changement de paradigme aujourd’hui plus que jamais est une condition nécessaire à la durabilité de notre modèle de société, alors j’ai la conviction profonde que les meubles deviendront à nouveau des objets nobles et précieux et que les artisans, les vrais, auront et pour longtemps de très  beaux jours devant eux!

Une nouvelle pierre à l’édifice: le commentaire de Julien Hardy (artisan ébéniste) posté sur le groupe Facebook « Travail du bois/Outils manuels – non électriques »:

Ceci dit, et pour répondre à la question posée, les exigences du travail manuel, mariées aux contraintes financières me font répondre que seule une approche hybride peut fonctionner économiquement, et dans la durée. Corroyer le bois nécessaire à une armoire à la varlope prend un temps fou, et coûte fort cher en tendinites, quand on répète l’opération tous les mois pendant des années, croyez-moi. Il restera toujours une planche qui ne passe pas dans la dégau-rabo pour ressortir la varlope. Je crois qu’un atelier peut rester entièrement manuel, à l’exception du corroyage. Soit une scie à ruban pour déligner, et une dégau-rabo pour mettre aux dimensions. Ou au moins une raboteuse pour mettre à l’épaisseur après avoir aplani une face à la varlope (j’ai longtemops travaillé comme ça). Le gros de la clientèle (je ne dis pas son ensemble) ne regarde pas la façon dont est faite un meuble, mais seulement le rapport look-fonction/coût. Le gain énorme de temps apporté par la corroyeuse permet de concentrer sa main sur les assemblages et le surfaçage, soit le plus important, à mon sens, et permet d’approcher une forme de rentabilité. Et quand je dis rentabilité, je ne parle pas de piscine dans le jardin. 🙂

 

Se former au travail du bois à la main

Travailler le bois à la main nécessite du bois, de la connaissance, des outils, des techniques, des gestes et un peu d’huile de coude.

Et quand on débute le travail du bois à la main, rien n’est familier parce qu’on sort des chemins battus, rebattus et tout tracés du travail du bois à la machine…

C’est exactement ce à quoi j’ai moi-même été confronté lorsque j’ai débuté…
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Deux articles en consultation libre

Le magazine Le Bouvet offre en consultation libre les deux articles sur lesquels nous avons travaillé ensemble et qui ouvrent la série consacrée au travail du bois à la main!

Une excellente occasion non seulement de se familiariser avec les différentes scies que l’on met en œuvre dans un atelier (scies égoïnes, scies à dos, etc…), de comprendre les différents types de dentures (géométrie, pas, etc…) et leurs applications, mais également de réaliser un banc de sciage qui constitue un outil incontournable pour scier les prédébits à partir d’une planche tout droit sortie de scierie!

Une généreuse initiative!

 

Banc de sciage

 

Qu’est-ce qui interdit de poser un rabot sur la semelle?

J’étais en train de corroyer à la main une pièce de bois pour expliquer la technique que j’utilise. On est au salon habitat et bois, à l’atelier « Touchons du bois » plus précisément, qui se tient fin septembre au palais des congrès de la ville d’Epinal au cœur des Vosges.

Les copeaux volaient copieusement au travers de la lumière du rabot et des gens de tous les âges étaient attentifs et absorbés autour de l’établi certainement curieux de voir comment un bonhomme allait bien pouvoir sortir un pavé parfaitement régulier de ce vulgaire morceau de bois tout tordu.

et en passant du riflard à la varlope, j’ai posé mon rabot.  Et c’est à cet instant précis qu’est venu de l’assistance, un « Oh! On ne pose pas le rabot sur la semelle! Un rabot, ça se pose sur le flanc! »
C’était un type, la soixantaine bien avancée, un peu renfrogné, casquette vissée sur la tête qui me lançait ça d’un ton légèrement péremptoire!

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Les colles (pour le bois) qui pèguent!

Péguer appartient à cette famille de mots dont la connotation géographique est très marquée.

Pour ceux qui vivent dans le sud-ouest, péguer, signifie coller, adhérer, avoir un toucher poisseux. C’est le genre de mots originaire de l’occitan, qui ont transpiré dans la langue courante, tout au moins du coin, et que l’on retrouve également dans la langue espagnole (pegar=coller).

Cet article parle de colles. Et de colles pour le bois qui pèguent! [Lire la suite…]